Une passion

UNE IDEE DU BONHEUR

Voici mon témoignage concernant la rencontre-passion que je vis avec mes Orientaux. Je n’ai pas pour ambition, dans de ce récit, de me substituer à des éleveurs professionnels qui expliqueraient précisément les caractéristiques morphologiques et comportementales propres à cette race ; je souhaite juste faire part de mon histoire personnelle et décrire les liens affectifs qui me lient à mes chats.
J’ai toujours aimé les animaux et je vis avec les chats depuis mon plus jeune âge.
Lorsque, en mars 2000, j’ai découvert un reportage sur la race orientale dans la revue Atout Chat, ce fut … le coup de foudre. Je visitais les expositions félines depuis une dizaine d’années déjà et je savais qu’au décès de mon chat de maison, un blotched tabby, exceptionnel par ses capacités d’intuition, je vivrais avec un chat de race. J’étais sous le charme des photos d’Orientaux présentées dans ce magazine ; en outre, la description du caractère de ce chat (extraverti, joueur, bavard) correspondait en tous points avec ce que je recherchais. En résumé, ce chat était fait pour moi.
Quelques mois après la mort accidentelle de mon chat de gouttière, j’ai pris contact avec des éleveurs : j’avais décidé d’adopter deux mâles et mon choix s’était porté sur la couleur bleue et la couleur blanche. A l’époque, il n’y avait pas de chatons blancs disponibles. Une éleveuse de la région parisienne me proposa alors de venir voir deux de ses chatons mâles issus de la même fratrie, un bleu et un tabby. Autant j’étais sûre de « craquer » pour le petit mâle bleu, dénommé Topaze, autant j’étais réticente quant au petit tabby car je trouvais le dessin « tigré » trop commun à mon goût. Lorsque je me suis rendue à Paris fin septembre 2002, Topaze conforta mes attentes et je fus … subjuguée par Tokyo, le brown spotted tabby. Complètement sous son charme, j’en oubliais mes réserves concernant le patron « moucheté ».
En train, je suis rentrée chez moi avec mes deux trésors.
Je m’étais préparée à accueillir deux chatons particulièrement vifs et remuants ; je crois néanmoins qu’il est difficile d’imaginer, pour un néophyte, la quantité d’énergie que peuvent déployer ces chats : courses poursuites dans l’appartement de jour comme de nuit (avec protestation des voisins réveillés pour l’occasion), destruction de bibelots fragiles auxquels on tient, cavalcades dans les escaliers de l’immeuble si par mégarde la porte d’entrée reste ouverte, équilibrisme au-dessus des arrêtes de portes, …
Bref, les premiers mois furent un peu « rock’n roll » de ce côté-là.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : le rapport affectif entre les deux frères et moi s’est établi d’emblée et leurs démonstrations de câlins ont fait passer au dernier plan les petits désagréments cités plus hauts.
Au bout de six mois, d’ailleurs, leur fougue s’est tempérée et ils sont devenus un peu plus calmes.
Ceci étant, mis à part mon mari qui devint lui aussi très vite un adepte de l’Oriental, l’accueil de mon entourage à leur égard se révéla plus mitigé : leur apparence physique (corps tubulaire, queue longue et fine comme un fouet, tête triangulaire, regard qui fixe, fourrure courte et fine) peut surprendre et déranger et des comparaisons avec le rat ou le serpent ont été discutées.

Envisageons maintenant les contraintes inhérentes à la vie en commun avec mes deux « loustics ». Tout d’abord, l’appartement : ils ont accès à toutes les pièces et une chambre leur est réservée, comprenant leur fauteuil, leur divan, trois arbres à chat dont un qui touche le plafond, deux griffoirs et deux tunnels à chat. C’est leur salle de jeux et ils aiment s’y défouler.
Sur un second plan, mes deux balcons ont été grillagé afin d’éviter une malencontreuse chute depuis le troisième étage car n’oublions pas que les Orientaux sont très curieux et qu’ils adorent faire des sauts.
Ensuite, plus trivialement, parlons des déjections : Topaze et Tokyo ne sortant jamais à l’extérieur, je vérifie leur litière deux à trois fois par jour, nettoie et désinfecte le bac et change les granules tous les six jours.
Concernant les vacances, la période pendant laquelle nous partions trois à quatre semaines au bout du monde pour nos congés est révolue : nous nous absentons au maximum huit jours de la maison, tout en ayant pris soin d’assurer la mise en place d’un planning régulier de passage de trois personnes quotidiennement. En sus des actes incontournables de nourrissage et de nettoyage, ces proches sont chargés de faire le nécessaire en cas de problèmes médicaux et surtout de stimuler, de jouer et de prodiguer des caresses pendant notre absence. Cette organisation optimale, pour rassurante qu’elle soit, n’empêche pas, au moment du départ, un au revoir difficile pour moi.
Pour terminer sur cet aspect des nécessités, mentionnons le coût financier : les frais vétérinaires, tout d’abord, qui comprennent, outre les vaccins réglementaires, les détartrages dentaires et des consultations à la moindre suspicion de quelque chose d’anormal. En second, le budget alimentation n’est pas à négliger car le chat de race doit être nourri de préférence avec des ingrédients de haute qualité et adaptés aux différentes périodes de sa vie (chaton, adulte, chat senior).
Je passerai sous silence les divers achats de jouets (plumeaux variés, oiseaux qui chantent, souris qui couinent, …) et de niches qui font, à mon avis, autant plaisir au chat qu’à son propriétaire.
Tout cela sans évoquer les dépenses liées aux expositions : inscription, carburant pour la voiture, péage, billets de train éventuellement, nuits d’hôtel si la manifestation se déroule loin du domicile, … Au départ, j’ai choisi Topaze et Tokyo comme chats de compagnie et les ai rapidement fait stériliser. Continuant de me promener dans les expositions en tant que visiteur, mais avec un regard un peu plus aguerri au sujet des Orientaux, il m’a semblé que Topaze et Tokyo se révélaient deux beaux spécimen et … de fil en aiguille, je les ai inscrit à plusieurs concours de beauté et suis devenue adhérente d’un club félin généraliste, le Catimini-Club.
Pour conclure sur le chapitre des obligations, mes deux Orientaux m’ont fait quelque peu modifier mon rythme de vie.

Mais quelle contrepartie ! Je ne sais pas par où commencer pour décrire tous les bienfaits qu’ils m’apportent. En premier lien, et cela me frappe chaque jour, ils sont beaux à contempler. Leurs grands yeux verts en amande leur donnent un regard profond et expressif. Leur élégance physique associée à leur façon d’être en fait des petits félins altiers. Caresser leur pelage doux comme de la soie est un véritable plaisir. Pour moi, l’Oriental représente l’essence même du chat.
Ce sont des chats réactifs, qui vont agir en fonction de ce que je fais. Ils me parlent, me sollicitent, émettent des sons bien distincts selon leur humeur, me distraient, ce sont mes anti-dépresseurs naturels.


Topaze et Tokyo forment une entité car ils font toujours tout ensemble pour jouer, manger, dormir enchevêtrés l’un dans l’autre. Toutefois, chacun possède une personnalité bien distincte. Topaze, en quête incessante de démonstrations affectives, est le plus attachant. Tokyo, l’aventurier, est le plus sociable et le dominant.
D’ailleurs, pour une question de feeling, mon mari est plus proche de Topaze et moi-même de Tokyo.
Certains auteurs les qualifient de chats-chiens ; je ne suis pas experte en matière de chien et je n’ai pas non plus la prétention de déchiffrer les subtilités félines mais ils me semble néanmoins que l’Oriental ne peut être assimilé à un chien : le rapport au maître me semble bien différent, le chat et le chien n’ayant, à mon sens, pas la même façon de considérer l’humain.
Vous l’aurez deviné, je suis conquise par cette race et chaque jour je m’émerveille à la vue de mes chats. Le matin, ils détectent lorsque je me réveille et que j’ouvre les yeux et viennent me dire bonjour. Le soir, quand je rentre du bureau, ils m’attendent derrière la porte en miaulant. Il existe une grande connivence entre mes chats et moi. Ce sont des chats facétieux, avec une forte personnalité et qui ont besoin de vivre en interactivité avec les humains. La solitude ne leur convient pas.


L’espérance de vie de l’Oriental est longue ; toutefois, si le cycle naturel de la vie est respecté, ils partiront normalement avant moi. Déjà, je songe avec tristesse au moment éprouvant et douloureux où je devrai les laisser s’en aller au paradis des chats …
En attendant, je fais de mon mieux pour les gâter et pour leur rendre l’existence aussi agréable que possible.
Je songe d’ailleurs à renforcer l’équipe en place avec une petite femelle Orientale. Après en avoir discuté avec plusieurs éleveurs, certains me disent que je suis atteinte par le virus, que lorsqu’on est « accroc » à une race, on veut logiquement passer au stade de l’élevage.
Je n’ai nullement l’intention de devenir une professionnelle car mon logement ainsi que mon emploi du temps ne s’y prêtent pas. J’aimerais simplement avoir la joie de faire une portée. Cette expérience de la première mise bas est souvent décrite par les naisseurs comme un souvenir très marquant et à forte charge émotive.
Dans ce but, et après m’être bien documentée sur les aspects techniques de la saillie, la grossesse, l’accouchement et l’élevage des chatons, j’attends l’arrivée de ma chatonne. Je sais précisément quel type de chat je recherche (couleur de la robe et des yeux, ascendance, garantie sanitaire maximum, bonne socialisation) et je ferai preuve de patience afin de trouver ma perle rare.


« A fréquenter le chat, on ne risque que de s’enrichir ».

Colette,
Romancière française
1873-1954